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La recherche

Les archéologues tentent petit à petit de reconstituer le puzzle à grande échelle de Vorgium

Un long travail entamé depuis le XVIIIème siècle.

Si l’établissement d’un protocole archéologique scientifique et rigoureux à Carhaix date seulement du début des années 1990, les recherches archéologiques et les découvertes fortuites ont été nombreuses sur le territoire du Poher et notamment de la ville de Carhaix-Plouguer, descendante de la cité antique nommée Vorgium. Le centre d’interprétation archéologique virtuel de Carhaix est l’occasion pour les archéologues de présenter leur nécessaire travail de synthèse des différentes recherches menées, qui permet petit à petit de reconstituer le puzzle à grande échelle du chef-lieu du territoire des Osismes.

Les fouilles anciennes

Les premières mentions archéologiques à Carhaix remontent au XVIIIe siècle. Dom Lobineau (1666-1727) semble avoir été le premier à publier ses observations sur le patrimoine archéologique de la ville, ce qui a suscité la curiosité des amateurs d’antiquités. Les notables de la ville ont pris en charge le recueil et le recensement des témoignages de découvertes. Christophe-Paul de Robien (1698-1756) ou encore Théophile Malo De La Tour d’Auvergne-Corret (1743-1800) jouent ainsi un rôle important dans ces inventaires. Ils sont tous les deux auteurs d’ouvrages qui recensent leurs observations sur le sujet. Leurs écrits sont toutefois succincts, contenant peu d’informations sur les objets et encore moins sur leurs contextes de découverte.

Avec l’essor des sociétés savantes au début du XIXe siècle, les érudits locaux entament des premières fouilles archéologiques sans protocoles et hors réglementation. Si les recherches se multiplient, de nombreuses découvertes sont souvent le fruit du hasard. Il est alors de mise d’exposer ses propres « trouvailles » dans des cabinets de curiosité, sans aucun projet autre que de présenter des reliques d’un passé révolu.

Au début du XXe siècle, des fouilles plus scientifiques sont menées à Carhaix. Les premiers portent sur l’aqueduc. L’abbé Louis Rolland (1825-1902) est le premier à entreprendre une étude raisonnée du monument. Il réalise un inventaire des différents points de découverte de l’aqueduc et en propose, pour la première fois, le parcours supposé, de la source à son arrivée dans la ville antique.

Stoppées par les conflits des guerres mondiales, les recherches archéologiques, concernant le territoire des Osismes, ne reprennent véritablement qu’avec le travail universitaire mené par Louis Pape (1933-2014) dans les années 1970 (La civitas des Osismes à l’époque gallo-romaine). En dépit du problème de fiabilité des informations et du peu de sites enregistrés dans la carte archéologique, Louis Pape réalise la première synthèse sur la ville antique avec les éléments dont il disposait à cette époque.

Les campagnes de recherches récentes

À partir des années 1990, le rythme des campagnes archéologiques est considérablement modifié. La multiplication des diagnostics liée aux différents projets d’urbanisme ouvre de nombreuses fenêtres vers le sous-sol de la ville.

Un diagnostic consiste à détecter, à caractériser et à dater d’éventuels vestiges archéologiques en sondant 5 à 10 % de la parcelle concernée à l’aide d’une pelle mécanique. En fonction du potentiel du site, une fouille préventive peut être prescrite.

Le cadre légal s’éclaircit et joue désormais en faveur de la protection du patrimoine archéologique de Carhaix. Les diagnostics permettent de dresser une carte archéologique de la ville qui est annexée au PLU (plan local d’urbanisme). En définissant le périmètre de l’emprise supposée de la ville, les permis de construire à l’intérieur de cette zone sont soumis à l’avis du Conservateur Régional de l’Archéologie et les destructions irrémédiables sont ainsi empêchées. En 1994, une carte archéologique communale est réalisée à la charge de Catherine Hervé-Legeard. 349 sites sont recensés dont environ 120 concernent des sites antiques. Même s’il s’agit essentiellement d’une localisation par mentions de découvertes, cette carte permet d’avoir une idée de l’étendue des découvertes à l’échelle de la ville.

En regard de la quantité de diagnostics réalisés sur le territoire carhaisien (environ une centaine à ce jour), peu de fouilles préventives ont fait suite. On en compte 7 dont les 5 majeures se situent dans la partie sud-ouest de la ville. Les projets d’aménagements n’ont pas été suffisamment conséquents pour justifier des fouilles préventives sur de grandes surfaces.

Parmi les campagnes majeures, on recense celle de la Réserve archéologique entre 2000 et 2007 (voir lien) et celle du Centre Hospitalier entre 1995 et 1997. La fouille du Centre Hospitalier est exceptionnelle à plusieurs titres. La zone fouillée est d’une grandeur importante, coupée en deux par un cardo qui la traverse et qui ordonne trois îlots de chaque côté. De plus, des vestiges d’une immense villa du IVème siècle ont été mis au jour : celle-ci s’étend sur 2000m² ce qui est remarquable pour une structure privée dans l’enceinte de la ville. Organisée autour d’une vaste cour intérieure, un péristyle (galerie à colonnade) en fait le tour et permet de distribuer les différentes pièces. Le luxe de cette demeure est visible à travers les éléments de confort tels que le chauffage au sol, les décors d’enduit-peint, les thermes privés ainsi qu’un important triclinium (salle de réception et d’apparat).

Les fouilles récentes en 2008 ont également permis de mettre au jour des tronçons des deux canalisations successives de l’aqueduc. Un tracé précis des 27 km de l’aqueduc a également été publié dans la revue Gallia. Enfin, quatre piles soutenant les arches du pont monumental de Kerampest, qui reliait l’aqueduc à la ville, ont été mises au jour en 2011, attestant indéniablement de son existence.